Le Portugal, c’est un peu le pays parfait pour les camping-caristes : climat doux, océan à perte de vue, petits villages perchés, cuisine généreuse… Mais dès qu’on commence à préparer l’itinéraire, une question revient toujours : combien vont me coûter les autoroutes ? Et surtout, comment fonctionnent ces fichus péages électroniques dont tout le monde parle ?
Je te propose de faire ensemble un tour complet du sujet, avec un œil de camping-cariste, des exemples concrets, et quelques astuces pour que ton budget carburant ne soit pas explosé par les péages.
Comment sont classés les camping-cars sur les autoroutes portugaises ?
Avant de parler de prix, il faut comprendre dans quelle catégorie tombe ton camping-car, car c’est ça qui va déterminer le montant du péage.
Au Portugal, les véhicules sont classés en 4 classes :
- Classe 1 : motos et voitures légères, hauteur à l’axe avant < 1,10 m
- Classe 2 : véhicules à 2 essieux, hauteur à l’axe avant ≥ 1,10 m (c’est là que vont la plupart des camping-cars)
- Classe 3 : véhicules à 3 essieux
- Classe 4 : véhicules à 4 essieux ou plus
En pratique :
- La plupart des camping-cars profilés et intégraux sont en Classe 2.
- Les vans et fourgons aménagés bas peuvent parfois être considérés comme Classe 1 (mais ce n’est pas la règle, et ça dépend de la hauteur mesurée à l’axe avant).
- Les camping-cars avec remorque (moto, porte voiture, etc.) peuvent passer en Classe 3, voire 4.
Astuce de vieux routard : si tu veux avoir une idée de tes coûts à l’avance, pars du principe que tu seras en Classe 2. Tout ce qui sera moins cher sera une bonne surprise.
Péages classiques : comment ça marche et combien ça coûte ?
Les autoroutes portugaises se divisent en deux grands systèmes :
- Les péages classiques avec barrières (comme en France)
- Les autoroutes à péage électronique uniquement (sans barrières, avec portiques)
Commençons par les plus familiers : les péages « à l’ancienne ».
Sur ces autoroutes, tu prends un ticket en entrant et tu paies en sortant, soit :
- en espèces
- par carte bancaire (Visa / Mastercard acceptées en général)
- par télépéage portugais (Via Verde)
À l’arrivée à la barrière, ton camping-car est détecté et classé automatiquement. Si tu es en Classe 2, voici quelques ordres de prix approximatifs (les tarifs peuvent évoluer, mais ça donne une bonne idée) :
- Porto → Lisbonne (A1, environ 310 km) : autour de 28–35 € en Classe 2
- Lisbonne → Algarve (Faro) par l’A2 : autour de 25–30 €
- Braga → Lisbonne : compte environ 35–40 €
Sur une longue descente nord–sud du pays en autoroute, avec un camping-car en Classe 2, on arrive vite à 50–70 € de péage pour une grosse étape. À intégrer dans ton budget, surtout si tu enchaînes les kilomètres.
Mais ce n’est finalement pas ces autoroutes-là qui posent le plus de problèmes. Là où les camping-caristes se font surprendre, c’est avec les péages électroniques.
Les autoroutes à péage électronique : attention aux pièges !
Au Portugal, certaines autoroutes (ou ex-voies rapides gratuites) sont passées en péage 100 % électronique. Pas de barrières, pas de cabines, juste des portiques au-dessus de la route qui lisent ta plaque d’immatriculation.
Ces sections sont signalées par des panneaux « Electronic toll only » ou « Portagens Electrónicas ».
Pour nous, camping-caristes étrangers, ça veut dire quoi ? Que tu peux emprunter ces routes sans être arrêté nulle part… mais que le péage sera quand même dû. Et si tu n’as rien prévu, tu risques :
- des factures impossibles à payer après coup (système peu pratique)
- ou des amendes salées si tu es contrôlé plus tard
Ces autoroutes sont nombreuses, surtout :
- dans le nord et le centre du pays (ex. A28, A29, A25, A24…)
- vers certaines zones touristiques (notamment au nord de Porto, vers l’Espagne)
La bonne nouvelle : il existe plusieurs systèmes pour être en règle facilement. L’inconvénient, c’est qu’il faut choisir le bon, et ça peut vite ressembler à un casse-tête si tu arrives sans info.
Les différentes solutions pour payer les péages électroniques
Pour un véhicule étranger, tu as principalement 4 options : Via Verde avec boîtier, TollCard, EasyToll, ou le prépaiement en agence. On passe tout ça en revue, avec mon retour d’expérience.
Option 1 : le boîtier de télépéage (Via Verde ou boîtier européen)
Si tu es du genre à revenir souvent au Portugal ou à enchaîner les kilomètres, c’est la solution la plus confortable.
Le sistema portugais s’appelle Via Verde. Il fonctionne avec un boîtier électronique collé sur le pare-brise, un peu comme le télépéage en France. Avec ça :
- Tu passes aux voies Via Verde aux péages classiques (sans t’arrêter ou presque).
- Les péages électroniques sont débitées directement sur ta carte bancaire.
Tu peux :
- Soit louer un boîtier Via Verde Visitors sur place (par exemple dans certains bureaux Via Verde ou aéroports).
- Soit utiliser un boîtier de télépéage européen si ton prestataire couvre le Portugal (à vérifier avant de partir).
Avantages :
- Ultra pratique : tu roules, tout est payé automatiquement.
- Pas besoin de t’arrêter dans des stations, ni de t’inscrire en ligne ou de jongler avec plusieurs cartes.
Inconvénients :
- Il y a souvent des frais de location du boîtier.
- Pas forcément rentable si tu ne restes que quelques jours et n’utilises pas beaucoup l’autoroute.
Perso, sur un séjour de 3 semaines à descendre tout le pays en camping-car, le boîtier m’a vraiment simplifié la vie. Zéro prise de tête, je n’avais qu’à profiter de la route… et de la pastéis de nata de la prochaine station-service.
Option 2 : EasyToll – l’enregistrement de ta carte bancaire
EasyToll, c’est un système prévu pour les véhicules étrangers qui veut simplement lier leur plaque d’immatriculation à une carte bancaire. Il est disponible à l’entrée du pays sur certaines autoroutes.
Le principe :
- Tu t’arrêtes à une borne EasyToll (signalée par des panneaux).
- Tu insères ta carte bancaire, ta plaque est enregistrée.
- Les péages électroniques seront prélevés automatiquement pendant une période donnée (souvent 30 jours).
C’est assez pratique quand tu arrives par les grands axes routiers et que tu n’as rien préparé à l’avance.
Avantages :
- Simple et rapide à mettre en place.
- Pas besoin de boîtier ni de compte en ligne compliqué.
Inconvénients :
- Disponible seulement sur certaines entrées du pays.
- Solution plutôt dédiée aux séjours courts ou ponctuels.
Option 3 : la TollCard – le prépaiement à montant fixe
La TollCard, c’est une carte prépayée que tu peux acheter :
- en ligne sur le site des autoroutes portugaises
- dans certaines stations-service ou bureaux de poste (CTT)
Tu choisis un montant (par exemple 10, 20 ou 40 €), tu l’associes à ta plaque d’immatriculation via SMS ou internet, et les péages électroniques sont débités dessus jusqu’à épuisement du crédit.
Avantages :
- Permet de maîtriser un peu ton budget péage.
- Idéal si tu sais que tu vas prendre quelques sections payantes, mais pas l’autoroute tous les jours.
Inconvénients :
- Il faut suivre ton crédit pour ne pas te retrouver à sec.
- Un peu plus de démarches (achat, activation, suivi).
Mon avis : pratique pour un road trip de quelques jours dans une région avec beaucoup de portiques électroniques, par exemple au nord de Porto ou vers l’Espagne. Tu charges une ou deux cartes et tu es tranquille.
Option 4 : le paiement en bureau de poste (CTT)
Théoriquement, il est possible de payer après coup certains péages électroniques, en te rendant dans un bureau de poste portugais (CTT) ou sur certains sites web portugais, quelques jours après ton passage.
En pratique, pour un camping-cariste étranger :
- Les délais sont courts.
- Les informations pas toujours très claires.
- Les démarches peuvent tourner au parcours du combattant.
Je ne recommande pas cette solution comme « stratégie » principale. À la limite, ça peut dépanner si tu as emprunté par erreur un tronçon électronique sans être enregistré, mais mieux vaut anticiper plutôt que jouer avec les tolérances.
Combien ça coûte vraiment pour un road trip en camping-car ?
On va parler concret. Imaginons un itinéraire assez classique pour un premier voyage au Portugal en camping-car :
- Entrée par l’Espagne côté Vigo / Porto
- Descente vers Coimbra, Lisbonne
- Puis l’Algarve (Lagos, Faro, Tavira)
- Retour vers l’Espagne par le sud (vers Séville)
Si tu prends régulièrement l’autoroute, en Classe 2, sur 2 à 3 semaines de voyage, tu peux arriver à :
- Environ 80–120 € de péages sur l’ensemble du séjour, parfois plus si tu enchaînes les grosses étapes d’autoroute.
En revanche, si tu mixes :
- autoroutes pour les grandes liaisons
- et routes nationales pour les portions plus touristiques
tu peux facilement faire descendre la note à :
- 40–60 € sur un road trip de deux semaines.
Pour donner un ordre d’idée, sur un de mes séjours, j’ai fait :
- Porto → Lisbonne en mixant autoroute et nationale
- Puis Lisbonne → Algarve en prenant quasiment tout en autoroute
Résultat : un peu moins de 60 € de péages au total pour un camping-car en Classe 2, en acceptant parfois de rouler un peu plus longtemps par les nationales… mais avec de superbes rencontres et quelques spots de nuit que je n’aurais jamais découverts en restant sur la voie rapide.
Économiser sur les péages : routes alternatives et bons réflexes
Tu t’en doutes : pour payer moins de péages, il suffit souvent de sortir de l’autoroute. Mais il y a façon et façon de le faire.
Les routes nationales portugaises sont globalement :
- gratuites
- souvent scéniques et agréables en camping-car
- mais parfois plus lentes (traversée de villages, ronds-points, limitations de vitesse)
Pour réduire la facture tout en gardant un bon confort de route, je te conseille :
- Utiliser l’autoroute pour les liaisons longues et monotones (ex : quitter une grande ville, traverser une région peu intéressante).
- Passer par la nationale dès que tu entres dans une zone touristique intéressante (Algarve, côte de l’Alentejo, région de Coimbra, etc.).
- Paramétrer ton GPS pour « éviter les péages » sur certaines portions et comparer le temps de trajet proposé.
Autre point important : certaines autoroutes à péage électronique ont des routes parallèles gratuites, parfois un peu plus lentes mais très correctes pour un camping-car. Ça vaut le coup d’y jeter un œil avant de programmer ton itinéraire.
Les erreurs à éviter absolument
Après quelques années à sillonner le Portugal et à discuter avec d’autres camping-caristes sur les aires, il y a des bourdes qui reviennent souvent. Autant les connaître avant de partir :
- Ignorer les panneaux « Electronic toll only » en te disant « on verra bien » : mauvaise idée. Le système ne t’oublie pas, lui.
- Penser que tout est comme en France : au Portugal, les péages électroniques changent vraiment la donne.
- Ne pas vérifier ta catégorie de véhicule : si ton camping-car est haut ou avec remorque, ton budget péage peut grimper plus vite que prévu.
- Compter uniquement sur le paiement en bureau de poste : trop aléatoire et contraignant.
- Sous-estimer les distances : le Portugal a l’air « petit » sur la carte, mais tu peux vite enchaîner les kilomètres, et donc les euros de péage.
Mon conseil de camping-cariste : liberté oui, mais anticipée
Rouler au Portugal en camping-car, c’est un vrai bonheur : des routes souvent en bon état, peu de stress au volant, des paysages superbes. Les péages ne doivent pas te faire peur, mais ils méritent un minimum de préparation.
Ce que je recommande généralement :
- Si tu viens pour un gros road trip de 2–3 semaines avec pas mal de kilomètres : pense au boîtier de télépéage compatible Portugal ou au système Via Verde. Tu paieras ce que tu consommes, sans prise de tête.
- Si tu fais un séjour plus court ou concentré dans une région : une TollCard prépayée ou le système EasyToll à l’entrée du pays peuvent largement suffire.
- Dans tous les cas : alterne autoroutes et nationales pour découvrir le pays sans exploser ton budget.
Et surtout, garde en tête que le Portugal se savoure lentement. Les routes de traverse t’emmèneront vers des villages blancs accroché à la colline, des petits restos où l’on te servira un poisson grillé à tomber, et des spots pour la nuit où le bruit le plus fort sera celui de l’Atlantique.
Les péages, eux, ne seront plus qu’un détail logistique dans une belle histoire de voyage en camping-car.
