Si vous avez toujours rêvé de longer les falaises battues par le vent, de vous réveiller face à une crique à marée basse et de grignoter des galettes-saucisses sur un port animé, la Bretagne en camping-car sur 15 jours risque de vous laisser des étoiles plein les yeux. C’est une région taillée pour les nomades : routes côtières sublimes, nombreuses aires pour la nuit, ambiance conviviale et ce fameux mélange de granite, de vent et d’iode qui donne envie de ne plus rentrer.
Je vous propose ici un circuit complet de deux semaines, pensé pour un rythme réaliste en camping-car, avec des étapes à ne pas manquer, quelques détours « coup de cœur » et des conseils pratiques glanés au fil des kilomètres. On embarque ?
Préparer son road trip en Bretagne en camping-car
Avant de dérouler le circuit, quelques points clés pour poser le décor.
Quand partir ? Mai, juin et septembre sont, selon moi, les meilleurs mois : moins de monde, météo souvent plus clémente qu’on ne le croit (oui, le soleil existe en Bretagne !) et places plus faciles sur les aires. Juillet-août restent possibles, mais anticipez davantage les haltes, surtout sur les spots très prisés comme la côte de Granit Rose ou le golfe du Morbihan.
Où dormir en camping-car ? La Bretagne est plutôt accueillante :
- De nombreuses aires de services communales, souvent bien situées.
- Des campings municipaux ou indépendants, parfaits pour recharger les batteries (les vôtres et celles du véhicule).
- Des parkings parfois tolérés pour une nuit, mais renseignez-vous toujours sur la signalisation, les arrêtés municipaux et utilisez des applis dédiées.
Petite règle d’or : on ne sort pas le grand barnum partout. Table, chaises et étendage sur le parking de port de pêche, c’est non. Discrétion et respect = tranquillité pour tout le monde.
Itinéraire global : la Bretagne en 15 jours
Voici le fil rouge du circuit, dans le sens des aiguilles d’une montre :
- Jour 1-2 : Rennes & la côte d’Émeraude (Saint-Malo, Cancale)
- Jour 3-4 : Cap Fréhel & côte de Granit Rose
- Jour 5-6 : Baie de Morlaix & Presqu’île de Crozon
- Jour 7-8 : Pointe du Raz & Pays Bigouden
- Jour 9-10 : Concarneau, Pont-Aven & Golfe du Morbihan
- Jour 11-12 : Presqu’île de Rhuys & Guérande / La Baule
- Jour 13-15 : Retour par l’intérieur des terres : Brocéliande, Rochefort-en-Terre, Josselin
Libre à vous de raccourcir, d’allonger ou de zapper des étapes selon vos envies. La magie du camping-car, c’est aussi de pouvoir changer de plan quand une crique vous fait de l’œil.
Rennes et la côte d’Émeraude : entrée en matière iodée
Jour 1 : Rennes, une halte urbaine futée
Si vous arrivez par la route depuis le reste de la France, Rennes est une bonne porte d’entrée : ville dynamique, centre historique charmant, et quelques parkings adaptés aux camping-cars en périphérie avec accès en bus ou métro. Une balade dans le vieux Rennes, ses maisons à colombages, un marché local pour remplir le frigo du camion… et vous voici prêts à filer vers la mer.
Jour 2 : Saint-Malo et Cancale
Rejoignez Saint-Malo. Le camping-car appréciera moins les ruelles étroites intra-muros, mais plusieurs parkings et aires existent autour de la ville, avec parfois des vues fort sympathiques. Ne manquez pas :
- La promenade sur les remparts, idéalement à marée haute pour le spectacle.
- Une pause crêpe (obligatoire, c’est écrit dans la Constitution officieuse de la Bretagne).
- Un tour sur la plage du Sillon au coucher du soleil.
Puis, cap sur Cancale, à une vingtaine de kilomètres. Ici, on vient surtout pour :
- Les fameuses huîtres dégustées directement sur le port, avec vue sur le Mont-Saint-Michel par temps clair.
- Les panoramas sur la baie depuis la pointe du Grouin, accessible en camping-car avec un peu de vigilance pour le stationnement.
Cap Fréhel et côte de Granit Rose : cartes postales en série
Jour 3 : Cap Fréhel et Fort la Latte
En longeant la côte, faites halte au Cap Fréhel : falaises abruptes, lande balayée par le vent, et ce phare qui surveille la mer. Le stationnement des camping-cars est réglementé, mais des parkings dédiés existent à proximité.
À quelques kilomètres, le Fort la Latte, dressé sur son rocher, vaut le détour. Même si vous ne le visitez pas, la vue depuis les sentiers côtiers est superbe.
Jour 4 : Perros-Guirec et la côte de Granit Rose
Direction Perros-Guirec et Ploumanac’h, l’un des spots les plus célèbres de Bretagne. Et ce n’est pas volé : blocs de granit rose sculptés par le vent, sentier des douaniers qui serpente au-dessus de la mer, phare de Mean Ruz… difficile de faire plus photogénique.
Côté camping-car, prévoyez d’arriver plutôt tôt en haute saison pour trouver une place sur les parkings adaptés. L’aire de services de Perros-Guirec est un bon point de chute. À pied, vous pourrez rejoindre le sentier côtier sans reprendre le volant.
Baie de Morlaix et Presqu’île de Crozon : ambiance bout du monde
Jour 5 : De Lannion à la baie de Morlaix
En redescendant vers l’ouest, faites éventuellement une pause à Lannion ou Tréguier, petites villes de caractère. Puis cap sur la baie de Morlaix :
- Roscoff, jolie cité corsaire, avec ses maisons en granite et son port.
- L’île de Batz, accessible en bateau (laissez le camping-car sur le continent, évidemment).
Roscoff dispose d’aires et de campings dans les environs, souvent fréquentés mais bien organisés.
Jour 6 : Presqu’île de Crozon
On attaque l’un de mes coups de cœur absolus : la presqu’île de Crozon. Arrivée par le pont de Térénez, qui donne déjà le ton. Une fois sur place, plusieurs sites incontournables :
- La pointe de Pen-Hir et ses Tas de Pois, impressionnants par tous les temps.
- La plage de l’Aber, parfaite pour une pause pique-nique ou une session de surf pour les plus téméraires.
- La pointe de Dinan, moins fréquentée, paysage sauvage garanti.
Attention toutefois : la presqu’île n’est pas immense et les routes sont parfois étroites. En haute saison, mieux vaut poser le camping-car sur une aire ou au camping et rayonner à vélo ou à pied.
Pointe du Raz et Pays Bigouden : vent, phares et bigoudènes
Jour 7 : Pointe du Raz
Le nom fait rêver (ou frissonner) tous les marins : la Pointe du Raz. Oui, c’est touristique, mais en choisissant bien vos horaires (tôt le matin ou en fin de journée), la magie opère vraiment. Parking payant avec zone pour camping-cars, puis accès à pied au site.
Face à vous, le phare de la Vieille, l’île de Sein au loin, les courants qui bouillonnent… On comprend pourquoi on a baptisé ce coin « la fin de la Terre ».
Jour 8 : Pays Bigouden et plages infinies
Redescendez vers le Pays Bigouden : Audierne, Le Guilvinec, Penmarc’h, La Torche… C’est le royaume :
- Des ports de pêche vivants, où l’on peut observer le retour des bateaux.
- Des plages interminables, parfaites pour marcher, courir, jouer avec le chien ou simplement respirer.
- Des spots de surf réputés, comme La Torche.
On trouve de nombreuses aires de services le long de cette côte, parfois à deux pas de la plage. C’est l’endroit idéal pour se poser une ou deux nuits, ouvrir les portes du camping-car au réveil et n’entendre que le bruit des vagues.
Concarneau, Pont-Aven et golfe du Morbihan : mosaïque de paysages
Jour 9 : Concarneau et la ville close
Concarneau, c’est d’abord sa ville close fortifiée, posée sur l’eau, que l’on rejoint par un petit pont. Les camping-cars sont les bienvenus sur certains parkings en périphérie, puis on accède au centre à pied.
Balade sur les remparts, flânerie dans les ruelles, dégustation de poissons et fruits de mer… C’est une étape agréable, entre patrimoine et gourmandise.
Jour 10 : Pont-Aven, puis route vers le golfe du Morbihan
À une trentaine de kilomètres, Pont-Aven, « la cité des peintres », offre un tout autre décor : rivière, moulins, petites passerelles, galeries d’art. Sa taille modeste permet de la découvrir en quelques heures, parfait entre deux tronçons de route.
Ensuite, cap vers le golfe du Morbihan, souvent décrit comme une « petite mer intérieure » parsemée d’îles. Vannes est une belle base pour explorer le coin, avec son centre médiéval, ses remparts et son port de plaisance.
Côté camping-car, le golfe est très fréquenté, mais les communes ont développé un réseau d’aires relativement conséquent. Pensez malgré tout à arriver en début d’après-midi pour assurer votre place.
Presqu’île de Rhuys, Guérande et La Baule : entre marais salants et grandes plages
Jour 11 : Presqu’île de Rhuys
De l’autre côté du golfe, la presqu’île de Rhuys mérite un petit crochet :
- Le château de Suscinio, les pieds dans les marais.
- Les plages côté océan, plus sauvages.
- Les petites criques côté golfe, parfaites pour un pique-nique.
De nombreux villages disposent d’aires ou de campings à proximité de la mer, de quoi alterner nuits au calme et balades côtières.
Jour 12 : Guérande et La Baule
En continuant vers le sud, vous entrez officiellement en Loire-Atlantique, mais l’esprit breton flotte encore dans l’air, surtout à Guérande et ses marais salants. Le camping-car se gare sur les parkings en périphérie et le reste se fait à pied ou à vélo :
- Visite de la cité médiévale de Guérande.
- Balade au milieu des marais salants, avec pourquoi pas une visite guidée pour comprendre le travail des paludiers.
À quelques kilomètres, La Baule déroule sa grande plage, bordée d’immeubles, ambiance plus balnéaire chic. Selon vos goûts, vous y passerez la soirée ou vous filerez vite retrouver un coin plus sauvage pour la nuit.
Retour par l’intérieur : forêts, villages de caractère et ambiance plus intimiste
Après deux semaines le nez au vent et les pneus dans le sable, remonter par l’intérieur des terres permet de changer de décor sans perdre le charme breton.
Jour 13 : Brocéliande, entre légendes et sous-bois
Si vous êtes sensible aux histoires de chevaliers, de fées et de magiciens, un détour par la forêt de Brocéliande (autour de Paimpont) devrait vous plaire. On y trouve :
- Des sentiers de balade dans une belle forêt vallonnée.
- Des sites liés à la légende arthurienne (tombe de Merlin, fontaine de Barenton, etc.).
Les camping-cars sont plutôt bien acceptés dans le secteur, avec plusieurs aires dans les villages aux alentours.
Jour 14 : Rochefort-en-Terre
Classé parmi les « Plus Beaux Villages de France », Rochefort-en-Terre est un condensé de charme breton : maisons en pierre, fleurs à tous les balcons, petites boutiques d’artisans. Parking spécifique pour camping-cars un peu à l’écart, ce qui permet de préserver le village de la circulation.
C’est typiquement le genre d’endroit où l’on pensait passer une heure… et où l’on traîne finalement tout un après-midi.
Jour 15 : Josselin et retour
Pour terminer, Josselin, avec son château qui domine le canal, offre une magnifique dernière carte postale. Balade le long de l’eau, visite du château si le temps le permet, et pourquoi pas une nuit au bord du canal sur une aire ou un petit camping. Ensuite, il n’y a plus qu’à reprendre la route vers la maison, la tête encore pleine d’embruns.
Les étapes à ne surtout pas manquer
Si vous devez raccourcir ou faire des choix, voici, du point de vue d’un camping-cariste un peu mordu, les spots vraiment incontournables :
- La côte de Granit Rose (Perros-Guirec, Ploumanac’h) pour ses paysages uniques.
- La presqu’île de Crozon, pour cette sensation de bout du monde.
- La Pointe du Raz, pour le spectacle des éléments.
- Le golfe du Morbihan, pour la douceur de ses paysages et ses îles.
- Une ou deux grandes plages du Pays Bigouden, pour les couchers de soleil et l’ambiance océan.
Et, en bonus, un village de caractère à l’intérieur (Rochefort-en-Terre ou Josselin) pour varier les plaisirs.
Conseils pratiques pour un road trip réussi en Bretagne
Gérer la météo (et les idées reçues)
Non, il ne pleut pas en continu en Bretagne. Oui, vous pouvez avoir quatre saisons dans la même journée. Adaptez votre équipement :
- Coupe-vent et polaires faciles à superposer.
- Chaussures de marche qui n’ont pas peur des flaques.
- Une bonne couverture dans le camping-car pour les soirées fraîches hors été.
L’avantage du camping-car, c’est que vous pouvez parfois « jouer » avec la météo : un coup d’œil aux prévisions, et vous choisissez de rester un jour de plus dans une baie ensoleillée ou, au contraire, d’avancer pour éviter la perturbation annoncée.
Attention aux marées
En Bretagne, les marées ne sont pas un détail. Pour certaines balades (baie du Mont-Saint-Michel, îlots accessibles à pied, certains parkings bas), renseignez-vous toujours sur les horaires et coefficients. On a vite fait de se retrouver encerclé par l’eau, ou de devoir rebrousser chemin.
Stationnement : anticiper, sans se stresser
Les camping-cars sont nombreux en Bretagne, surtout en été. Pour autant, en préparant un minimum :
- Listez 2 ou 3 options d’aires ou de campings sur votre zone du jour.
- Essayez d’arriver avant 17h pour maximiser vos chances.
- Ayez toujours un « plan B » un peu plus dans les terres, souvent plus calme et plus disponible.
Et bien sûr, ne laissez jamais de déchets derrière vous. Rien de plus triste qu’un superbe spot dégradé par des sacs poubelle abandonnés.
Ravitaillement et budget
Les grandes surfaces sont présentes un peu partout, mais n’hésitez pas à privilégier les marchés locaux et les petits commerces :
- Crêperies familiales plutôt que fast-foods.
- Poissonneries de port plutôt que surgelés.
- Boulangeries de village pour le kouign-amann de l’après-midi.
Oui, ça coûte parfois un peu plus cher, mais ça fait aussi partie du voyage… et du plaisir. Côté budget, la Bretagne reste globalement plus abordable que d’autres grandes régions touristiques du littoral français, surtout si vous alternez entre aires, parkings autorisés et quelques nuits en camping.
Adapter le circuit à votre style de voyage
Ce tracé sur 15 jours n’est pas un carcan. Il peut facilement s’adapter :
- Vous aimez prendre votre temps ? Supprimez la boucle Guérande / La Baule et gardez plus de jours sur Crozon ou le golfe du Morbihan.
- Vous êtes plutôt rando et nature ? Ajoutez des journées supplémentaires à Crozon, sur la côte de Granit Rose et dans le Pays Bigouden, pour explorer les sentiers côtiers.
- Vous voyagez avec des enfants ? Privilégiez les étapes avec plages, parcs animaliers, aquariums (Saint-Malo, Brest) et campings avec aire de jeux.
Au final, l’important n’est pas de cocher toutes les cases, mais de trouver votre propre rythme de croisière. La Bretagne se prête à merveille à cet art de flâner en camping-car, d’un port à une pointe rocheuse, d’un phare à un petit village fleuri.
Et si, sur le chemin du retour, vous vous surprenez à jeter un œil aux petites annonces de terrains à acheter « quelque part en Bretagne », rassurez-vous : vous ne serez pas le premier camping-cariste à se faire happer par le charme de cette région. On finit souvent par y revenir… et c’est tant mieux.
