Les Dolomites, c’est un peu le décor de carte postale qu’on croyait réservé aux calendriers de montagne : aiguilles rocheuses, prairies grasses, vaches qui vous regardent passer comme si de rien n’était… et, au milieu de tout ça, votre camping-car posé face à un coucher de soleil rose et orange. Mais derrière la carte postale, il y a une réalité à gérer : où dormir sans enfreindre les règles, quelles routes éviter avec 7,40 m de long, et comment ne pas passer ses vacances dans les embouteillages de cols ?
Je t’emmène avec moi sur les routes des Dolomites, version camping-cariste averti. On va parler itinéraires, bivouacs autorisés (ou pas), astuces anti-foule et petites pépites moins connues. Installe-toi, on démarre.
Pourquoi les Dolomites sont un paradis (un peu exigeant) pour le camping-car
Les Dolomites, c’est le meilleur et le pire pour un nomade sur quatre roues :
- Des paysages parmi les plus spectaculaires d’Europe.
- Une densité de routes de montagne impressionnante, avec des cols mythiques.
- Une fréquentation parfois démentielle en juillet-août et autour des spots « Instagram ».
- Une réglementation sur le stationnement de nuit qui peut être stricte, surtout dans le Trentin-Haut-Adige.
En clair : c’est un terrain de jeu fabuleux, mais pas un endroit où l’on peut se poser au hasard au bord de la route pour dormir. Anticiper un minimum t’évitera les mauvaises surprises (et les coups de klaxon des carabinieri à 23 h).
Quelles routes emprunter (et lesquelles éviter avec un camping-car)
En camping-car, les Dolomites, ce n’est pas une autoroute panoramique : c’est une succession de lacets, de montées sèches et de descentes qui font chauffer les freins si on n’y prend pas garde. Mais c’est justement là que se cachent les plus beaux points de vue.
Quelques axes et cols à connaître :
- La Grande Route des Dolomites (Grande Strada delle Dolomiti – SR48 / SS241)
De Bolzano à Cortina d’Ampezzo. Accessible aux camping-cars, mais très fréquentée en haute saison. Prévois du temps et des pauses, ce n’est pas une route à faire « pour aller vite ». - Passo Sella et Passo Gardena
Magnifiques, mais étroits, avec des lacets serrés. Je les ai faits avec un camping-car de 7 m : ça passe, mais on serre parfois les fesses, surtout quand un bus arrive en face dans un virage. À privilégier tôt le matin ou en fin d’après-midi. - Passo Giau (SP638)
Une des routes les plus panoramiques de la région. Chaudement recommandée si tu aimes les ambiances de haut plateau et les vues à 360°. Là encore, en camping-car, calme et souplesse, et éviter les heures de pointe. - Passo Pordoi
Route large et bien entretenue, beaucoup de virages mais globalement « camping-car friendly ». En haut, grand parking, point de départ de belles randos et téléphérique. - Tre Cime di Lavaredo
Route d’accès à péage (cher, et encore plus pour les camping-cars) avec un grand parking au bout. Faisable, mais encombré en pleine journée. Si tu n’aimes pas jouer au Tetris géant avec les véhicules, évite les arrivées entre 9 h et 15 h.
Routes à éviter si possible avec un gros gabarit :
- Les petites routes secondaires non signalées comme « route panoramique » ou « passo » sur la carte : bien souvent, ce sont de simples chemins d’accès aux fermes, très étroits, parfois sans possibilité de demi-tour.
- Les tentatives « on va couper par là, ça a l’air plus direct » sur Google Maps : dans les Dolomites, ce qui est direct est rarement adapté à un camping-car.
Mon astuce de vieux routier : avant de t’engager sur une route douteuse, regarde les itinéraires des bus locaux (cartes Google ou site des transports). Si les bus y passent, ton camping-car a de bonnes chances de passer aussi.
Où dormir en camping-car dans les Dolomites : les vraies solutions
Dans cette région, on oublie l’idée de planter son camping-car au hasard dans un champ ou sur un parking isolé en se disant « ça va passer ». Les autorités locales veillent à limiter le camping sauvage. En revanche, il existe de nombreuses options bien adaptées à nos maisons roulantes.
Trois grandes possibilités :
Les campings traditionnels : confort et tranquillité d’esprit
En haute saison, les campings sont parfois la solution la plus simple, surtout si tu voyages en famille.
- Avantages : électricité, eau, vidanges, douches, souvent piscine ou spa, navettes vers les départs de rando.
- Inconvénients : prix (surtout autour des sites célèbres), ambiance parfois un peu « usine à vacances » en plein été.
Autour de Cortina d’Ampezzo, d’Ortisei, de Canazei ou de San Candido, tu trouveras une bonne densité de campings. Réserver à l’avance en juillet-août est vivement recommandé.
Les aires pour camping-cars et parkings aménagés
C’est l’option que je privilégie le plus souvent dans les Dolomites.
- Aires de services municipales ou privées : bornes pour eau propre, vidanges, parfois électricité. Certaines sont proches de jolis villages, d’autres au pied des téléphériques.
- Parkings de téléphérique ou de remontées mécaniques : souvent payants, parfois autorisés pour la nuit (à vérifier sur place, panneaux ou information locale). On dort alors directement au pied des sentiers, pratique pour partir à la fraîche.
Par exemple :
- Le secteur de Val Gardena (Ortisei, Santa Cristina, Selva) propose plusieurs parkings pour camping-cars, parfois limités en nombre mais très bien situés.
- Autour de Canazei et du Passo Pordoi, on trouve des parkings organisés pour accueillir les camping-cars de passage entre deux cols.
Astuce : arrive avant 17 h pour avoir une place à peu près plane et éviter de devoir jouer avec les cales sur une pente improbable.
Le stationnement « nature » : possible, mais encadré
Dans le Trentin-Haut-Adige et le Tyrol du Sud, le bivouac libre est en grande partie interdit. Cela ne veut pas dire que tu ne verras jamais un camping-car isolé au bord d’une piste… mais ce n’est :
- Ni légal dans la plupart des cas.
- Ni une bonne idée si on veut préserver une bonne cohabitation avec les habitants et les autorités.
Si tu optes malgré tout pour un spot plus isolé (appli de type Park4Night, conseils d’autres voyageurs), vérifie systématiquement :
- L’absence de panneau d’interdiction (souvent en italien/allemand : « divieto di sosta », « divieto di campeggio », « camping verboten », etc.).
- Que tu es bien en simple stationnement : pas de cales visibles depuis la route, pas de table dehors, pas de lanterne plantée dans l’herbe.
- Que tu ne gênes ni l’accès à une ferme, ni le passage des engins agricoles, ni l’éventuelle déneigeuse (oui, même en été, ils y pensent).
Deux règles d’or : discrétion et respect absolu du lieu. Ce n’est pas un jardin de camping, c’est souvent un espace de travail pour les locaux.
Comment éviter les foules dans les Dolomites en camping-car
Les Dolomites sont devenues une destination très « instagrammable ». Certains spots sont pris d’assaut, au point que l’expérience en souffre. Heureusement, avec un camping-car, tu as un atout majeur : ta maison est mobile et autonome. À toi d’en jouer intelligemment.
Choisir la bonne période
- Juin : souvent la meilleure période. La neige a reculé, les cols sont ouverts, les fleurs explosent dans les prairies, et les foules n’ont pas encore débarqué. Certains équipements (téléphériques) ne sont pas encore tous ouverts, mais pour la rando, c’est parfait.
- Septembre : lumière magnifique, couleurs qui commencent à virer, beaucoup moins de monde que fin août. Les nuits peuvent être fraîches, mais ton camping-car est fait pour ça.
- Juillet-août : possible, bien sûr, mais il faudra accepter :
- Des parkings saturés autour des sites stars.
- Des tarifs plus élevés.
- Un peu de patience dans les cols.
Jouer avec les horaires
C’est LA clé. Dans les Dolomites, la journée-type des touristes est assez prévisible : lever tardif, départ sur les coups de 10 h, retour vers 17 h.
Avec un camping-car, tu peux faire l’inverse :
- Te garer près du départ d’une rando la veille au soir.
- Partir marcher à 7 h ou 8 h, quasiment seul sur le sentier.
- Revenir quand la foule arrive… et déplacer ton campement vers un autre secteur plus calme.
C’est comme ça que je me suis retrouvé quasiment seul au petit matin sur des sentiers très fréquentés l’après-midi. La lumière est plus belle, les animaux plus actifs, et tu rentres au camping-car quand les autres cherchent encore une place.
Éviter les « spots trop célèbres à tout prix »
Deux exemples parlants :
- Lago di Braies : lac magnifique, mais sur-fréquenté en haute saison, avec un système de réservation de parking et d’accès régulé. Si tu y vas en plein été, vise très tôt ou très tard, sinon l’expérience sera surtout celle d’une promenade dans une foule compacte.
- Alpe di Siusi (Seiser Alm) : vaste plateau splendide, mais l’accès en véhicule privé est très réglementé. Les camping-cars sont généralement interdits de montée. Il faut alors combiner parking en vallée + téléphérique ou bus.
Heureusement, les Dolomites regorgent de vallées et de lacs moins connus :
- Vallées latérales de Val di Fassa ou Val Badia.
- Lacs plus discrets, accessibles à pied après une petite marche, sans barque en bois posée pour les photos.
- Petits villages de montagne où l’on entend autant le dialecte local que l’allemand ou l’italien.
Ne te focalise pas uniquement sur la liste des « must-see » que tout le monde se transmet. Laisse un peu de place à l’improvisation, en gardant l’œil sur la carte et les altitudes.
Gérer l’eau, les vidanges et le ravitaillement
La vie en camping-car dans les Dolomites, ce n’est pas que les panoramas : c’est aussi trouver où faire le plein d’eau et où vider ses cassettes sans se ruiner en temps et en carburant.
- Eau et vidanges : utilise au maximum les aires officielles et les campings. Beaucoup de stations-service en vallée ne proposent pas de services camping-car, à l’inverse d’autres régions d’Europe. Anticiper est important : ne te laisse pas surprendre avec une cassette pleine au milieu de ton petit paradis montagnard.
- Courses : fais ton gros ravitaillement dans les vallées (supermarchés de moyenne taille) avant de monter dans les stations. En altitude, les mini-markets sont pratiques pour le dépannage, mais les prix suivent la courbe des cols.
- Gaz : renseigne-toi sur le type de bouteilles disponibles en Italie si tu comptes te réapprovisionner sur place. Les adaptateurs peuvent faire la différence entre une soirée au chaud et un repas froid sous la couette…
Itinéraire type en camping-car dans les Dolomites (7 à 10 jours)
Pour te donner une idée concrète, voici un exemple d’itinéraire que j’ai adapté au fil des voyages. À ajuster selon ta vitesse de croisière, la météo et tes envies.
- Jour 1-2 : Arrivée par Bolzano / Val d’Ega
Installation dans un camping ou une aire près de Bolzano ou dans la Val d’Ega. Découverte en douceur, premières balades autour du massif du Latemar. Tu prends la température des routes et des pentes. - Jour 3-4 : Val Gardena
Montée vers Ortisei / Santa Cristina / Selva di Val Gardena. Stationnement sur une aire ou un parking aménagé. Randos à la journée, téléphériques si besoin. Si tu oses, excursion par le Passo Sella ou Gardena, en évitant les heures de pointe. - Jour 5 : Cols et route panoramique
Direction Canazei, puis Passo Pordoi, éventuellement Passo Giau si la météo est de la partie. Prends ton temps, multiplie les pauses photos. Nuit sur un parking de col ou dans une aire en vallée selon la réglementation et ta fatigue. - Jour 6-7 : Cortina d’Ampezzo
Base autour de Cortina. Nombreuses possibilités de randos et lacs à proximité. Selon tes envies, incursion vers les Tre Cime di Lavaredo (en gérant bien les horaires) ou vers des vallées moins fréquentées. - Jour 8-9 : Retour par une autre vallée
Redescente progressive en jouant avec une autre vallée : Val Badia, Val di Fassa, ou retour par la Grande Route des Dolomites. Dernière nuit dans un camping confortable pour refaire les pleins, les vidanges et les lessives avant de reprendre la route du retour.
Cet itinéraire offre un bon équilibre entre cols mythiques, vallées animées et zones un peu plus calmes. Tu peux facilement rallonger en restant deux jours au même endroit quand tu trouves ton petit coin de paradis.
Respecter la montagne… et les autres voyageurs
Un mot pour finir : les Dolomites sont magnifiques, mais fragiles. Le tourisme de masse met déjà la pression sur certaines zones. En camping-cariste, on peut soit aggraver le problème, soit montrer qu’on est des invités responsables :
- On respecte les interdictions de stationner la nuit, même si l’endroit est tentant.
- On ne laisse aucune trace : pas un sac poubelle dehors, pas de bouteille vide oubliée sous le camping-car.
- On reste discrets : pas de groupes bruyants au milieu du parking à 23 h, pas de musique à fond la porte ouverte.
- On privilégie le contact avec les locaux : un mot d’italien ou d’allemand, un sourire, un café payé au bar du village, ça change tout.
Les Dolomites te récompenseront largement de ces petites attentions : un lever de soleil sur des parois qui flamboient, un silence total une fois la nuit tombée, l’odeur du café dans ton camping-car alors que les premiers rayons illuminent les sommets… C’est pour ces moments-là qu’on accepte volontiers de planifier un peu, de respecter les règles, et de se lever tôt.
Alors, prêt à poser tes roues sur ces montagnes de lumière ?
